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23 novembre 2009 1 23 /11 /novembre /2009 22:00

Si un homme souhaite confirmer ou infirmer sa paternité biologique quand il a un doute, une analyse génétique comparative avec son descendant présumé peut la confirmer ou l'infirmer : c'est un examen simple et facile. Cependant, les tests génétiques de confirmation de paternité sont actuellement interdits en France sans une décision de justice les autorisant, à la différence des autres pays d'Europe où ces tests peuvent être librement pratiqués.

Du coup, beaucoup d'hommes français font effectuer ces examens à l'étranger, et leur nombre va croissant chaque année. Il y a maintenant pléthore de laboratoires dont les sites internet offrent d'effectuer ces examens : Il suffit à un homme d'envoyer par la poste un échantillon de son propre ADN, accompagné d'un échantillon de l'ADN de son enfant présumé.

Les raisons des autorités françaises pour interdire ces tests sont motivées par la protection des enfants : un homme qui pourra prouver qu'il n'est pas le père biologique d'un enfant pourra éventuellement délaisser cet enfant, le priver de ses ressources ou se détourner de son éducation. Il faut noter le déséquilibre de base dans la situation des deux sexes : par définition, étant donné qu'elle lui donne naissance, une femme ne peut jamais douter être la mère biologique d'un enfant. Ce n'est pas le cas d'un homme, et il y a donc une inégalité flagrante entre les parents.


Loin d’être un phénomène anecdotique, la recherche d’une confirmation de paternité est un phénomène quasi universel au sein du règne animal.


Du cocuage paternel

La confirmation de paternité s’inscrit dans le vaste domaine des conflits sexuels. En amont de la paternité ont trouve des luttes variées entre partenaires sexuels : en particulier la lutte du mâle pour s’assurer une exclusivité dans la fécondation des gamètes et l’utilisation des ressources de la femelles, et d’un autre côté la lutte de la femelle pour contrer les stratégies des mâles et parfois profiter des ressources qu’ils apportent (par exemple chez les mantes et les araignées).

Il a été montré que les mâles de nombreuses espèces ont mis en place des stratagèmes très divers, parfois extrêmement cruels (par exemple chez les arthropodes) destinés à prévenir leur cocuage par la partenaire femelle : ce sont des stratagèmes sociaux aussi bien que biologiques.

 

Mais une fois passée l’étape de la copulation, pour les espèces chez lesquelles les soins paternels sont essentiels pour la progéniture mais où la paternité biologique est incertaine, la théorie de l’évolution postule que les mécanismes de reconnaissance de la parenté sont un paramètre de l’évolution des organismes. Un individu capable d’évaluer correctement son degré de parenté biologique avec un autre individu peut diriger ses investissements en ressources vers ce parent et ainsi promouvoir la dissémination de son information génétique.
Au sein des espèces où les femelles ont de multiples partenaires et dans lesquelles les mâles procurent des soins parentaux, les mâles font face à une incertitude sur leur paternité dont ils doivent tenir compte pour pouvoir allouer leurs ressources spécifiquement à leur descendance, et ainsi maintenir leur fitness (voir ce terme dans le glossaire des jeux évolutionnistes). Dans ce contexte, la théorie de la sélection de parentèle prédit que les mâles doivent estimer leur paternité en utilisant des indicateurs fiables.

L’utilisation d’indicateurs indirects, tel que la cohabitation avec la femelle, n’est pas appropriée pour la décision d’investissement paternel car celui-ci est couteux et la cohabitation est un indice trop aléatoire pour estimer la probabilité de paternité (cet indicateur indirect est cependant utilisé par les mâles de certaines espèces d’oiseaux). Dans ces situations les pères sont supposés discriminer leurs propres descendants de ceux des autres mâles sur la base de différences phénotypiques.

Des preuves indirectes que les pères putatifs de nombreuses espèces utilisent des indices de paternité pour diriger leurs investissements sont fournies par de nombreuses études, et montrent que les mâles ajustent leurs efforts paternels en fonction du risque de cocuage. Toutefois, les preuves directes de décisions d’investissement parental fondé sur la parenté effective sont encore rares (par exemple mises en évidence chez le crapet arlequin, poisson chez lequel l'investissement parental des mâles dépend de leur paternité, évaluée à partir des odeurs émanant de la descendance après éclosion des œufs).


Et chez nous ?…

Chez les humains on estime qu’entre 1% à 30% des enfants - suivant les sociétés humaines - ne sont pas les descendants biologiques de ceux qui croient être leur père. L’incertitude de la parenté influence l’investissement paternel : dans une étude publiée en 1980, effectuée sur 135 sociétés humaines, il a été montré que le degré de confiance dans la paternité est associé positivement avec le niveau d’investissement des pères au niveau de la population.

Il y a maintenant des preuves que les pères utilisent des indices phénotypiques directement reliés à la parenté pour ajuster leurs décisions d’investissement paternel (par exemple la ressemblance faciale avec soi même est plus importante pour un homme que pour une femme dans la décision d’adoption d’un enfant). En ce qui concerne l’utilisation des odeurs corporelles (qui ont des caractéristiques en partie génétiques), rien n’avait été démontré, même s’il existe des indices forts : chez les humains, contrairement à ce que l’on croit, les capacités olfactives sont, comme chez les animaux, suffisamment puissantes pour permettre la reconnaissance sociale (des études ont montré que les odeurs humaines renseignent sur le lien de parenté, et qu’elles sont utilisées dans le choix du partenaire sexuel pour éviter la consanguinité).


Une publication récente apporte des lumières nouvelles et inédites sur le sujet1.

A partir d’une étude effectuée au Sénégal, une équipe de l’Institut des Sciences de l’Evolution de Montpellier vient de montrer que l’investissement paternel humain a été sélectionné au cours de l’évolution. Les chercheurs ont quantifié à la fois des similarités d’origine génétique des enfants avec leur père et l’investissement paternel de celui-ci envers ses enfants : Ils ont montré qu’il y a une corrélation nette entre ces deux paramètres.

 

Cette étude a été conduite dans 30 familles de villages traditionnels du Sénégal, dont les groupes ethniques sont principalement les Sérères, les Wolofs et les Peuls. Les familles étaient souvent polygames, vivaient principalement de l’agriculture et devaient contenir au moins 2 enfants entre 2 et 7 ans :

  • Des questionnaires auprès des mères et des pères ont servi à quantifier l’investissement paternel auprès des enfants (temps passé, attention, affection, argent donné, etc), ainsi que les éventuels conflits maritaux. A partir des réponses obtenues un index d’investissement était attribué à chaque père.
  • Des personnes étrangères, qui ne connaissent pas ces familles, étaient utilisées comme évaluateurs pour estimer la ressemblance entre des pères et des enfants en comparant indépendamment leurs visages ainsi que leurs odeurs, deux paramètres qui ont un déterminisme génétique. Pour les visages, une photographie de chaque enfant était montrée à l’évaluateur concomitamment avec celles de 3 hommes incluant le père. Pour les odeurs, l’évaluateur devait comparer les odeurs d’un tee-shirt porté par l’enfant avec ceux de 2 hommes. A chaque fois que le père était reconnu, un point était attribué et ces résultats étaient compilés pour construire un index de ressemblance.
  • Des renseignements sociaux, démographiques, sanitaires et économiques étaient collectés sur les enfants ainsi que sur les parents.


Les résultats montrent que l’investissement paternel est d’autant plus important que la probabilité d'apparentement à l'enfant, évaluée par des similarités d'origine génétique (visage et odeur indépendamment), est importante. Un résultat important est aussi que les hommes sont meilleurs que les femmes pour détecter les degrés de parentés à partir des odeurs corporelles. L’étude a également montré que dans ce pays en développement, où la mortalité infantile reste encore importante, les conditions de croissance, d’éducation et de nutrition des enfants sont d’autant meilleures que l’investissement paternel est élevé : l'investissement paternel est alors décisif  pour la fitness des individus.


Les études se poursuivent notamment avec une hypothèse sur un critère du choix de la partenaire : dans le choix d’une partenaire, afin de diminuer leurs incertitudes sur leur future paternité, est-ce qu’une stratégie des hommes ne serait pas de choisir d’avoir des enfants avec des femmes dont l’apparence physique permet aux traits masculin de s’exprimer, et d’avoir des enfants qui ressemblent à leur père ? On peut alors s’attendre à ce que des traits récessifs dans le visage d’une femme soient préférés par les hommes, par rapport à des traits dominants.

 

On sait maintenant que les intérêts divergents sont innombrables entre partenaires sexuels de toutes les espèces vivantes : la reproduction est moins une affaire d’amour que de stratégies.


***

1 : Alvergne et al. Father-offspring resemblance predicts paternal investment in humans. Animal Behaviour, May 28, 2009.

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