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24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 22:29

Les Opuntioideae sont une tribu de cactées dont les plantes sont caractérisées par des empilements d’articles (cladodes). Les différentes espèces se répartissent du nord au sud des 2 Amériques et sont donc confrontées à des températures très différentes.

En culture, les réactions des Opuntioideae face aux températures d’hivernage sont assez différentes suivant les genres et les espèces de cette tribu. Dans l’article ci-dessous sont présentées quelques observations personnelles sur l’hivernage et la résistance au froid des Opuntioideae.

Il ne s’agit, bien sûr, que d’un retour d’expériences pour lesquelles il n’est pas toujours possible de tirer des conclusions générales : toutes les plantes sont différentes et peuvent réagir différemment à des conditions identiques. Les variations interindividuelles dans le comportement des cactées brouillent souvent les caractéristiques de l’espèce. D’autre part, de nombreux paramètres de culture, pas toujours connus ou maitrisés, doivent entrer en compte dans la résistance au froid.


Trois mécanismes principaux sont responsables de l’adaptation des cactées au froid :

● L’acclimatation, par lequel une baisse progressive des températures à l’arrivée de la mauvaise saison permet aux plantes d’activer leurs mécanismes de résistance au froid.

● L’augmentation de la concentration en hydrates de carbone dans la plante (comme les mucopolysaccharides, le fructose, le glucose, le sucrose, le mannitol et le sorbitol), qui ont un rôle de cryoprotecteur des tissus. Ils pourraient agir comme « antigel » et réduire les dommages dus à la formation de glace dans les tissus.

● La déshydratation de la plante accompagne la baisse des températures et évite les risques de gel des tissus. Les articles des Opuntias résistants au froid se déshydratent quand le climat se rafraîchit, même si les plantes sont dans un sol humide. La captation de l’eau du sol par les racines chute du fait d’une forte baisse de la conductivité hydrique des racines, proportionnelle à l’intensité du froid (Cui et Nobel, 1994). Plus que la concentration des solutés eux-mêmes, c’est la baisse de la quantité d’eau résiduelle susceptible de geler dans les tissus qui règle la tolérance au froid des cactées.

 

Intéressons nous en priorité au genre Opuntia, le plus cultivé, et abordons d’abord quelques champions de la résistance au froid :


Opuntia humifusa (O. compressa)


Le champion toutes catégories de la résistance au froid. C’est un petit Opuntia rampant d’Amérique du Nord, aux articles presque circulaires, qui pousse jusqu’au Canada et qui est donc d’une très grande endurance. Chez moi la plante n’a pas de protection particulière en hiver : elle reçoit pluie et neige, et supporte toutes les conditions de gel, même avec le substrat détrempé. Les articles de la plante ont la particularité de se friper fortement en hiver du fait de la déshydratation des tissus :

 

Opuntia humifusa mars 12 1

La tolérance aux basses températures mesurée par P.S. Nobel pour O. humifusa est de -25°C (Nobel et Bobich, 2002) mais, vu son milieu de vie, certaines populations doivent supporter des températures plus basses.

Chez cet Opuntia de multiples mécanismes de résistance au gel ont été mis en évidence. Le passage de la température jour/nuit de l’air de 25°C/15°C à 5°C/-5°C amène un certain nombre de modifications dans le cortex de la plante après 14 jours à 5°C/-5°C : la quantité moyenne d'eau passe de 92% à 78%. Après 7 semaines à 5°C/-5°C, l'épaisseur du chlorenchyme et du parenchyme de stockage sont respectivement réduites de 61% et 65%, et le contenu relatif en eau diminue respectivement de 42% et 68%.

Ces changements contribuent à une augmentation de la pression osmotique de 0,55 MPa et 0,34 MPa pour le chlorenchyme et le parenchyme de stockage. Le contenu de la plante en solutés cryoprotecteurs augmente. Pendant ces 7 semaines, le contenu en mucopolysaccharides augmente de 114% et de 89% respectivement pour la chlorenchyme et le parenchyme de stockage.

 

Opuntia rhodantha (O. polyacantha v. polyacantha)


C’est une espèce inerme et rampante du groupe polyacantha qui, comme les autres plantes de cette série, est très résistante au froid. Elle hiverne comme O. humifusa, sans protection particulière. Elle reçoit pluie et neige, et supporte toutes les conditions de gel, même avec le substrat détrempé. A la différence d’O. humifusa, les articles restent turgescents et ne se déshydratent pas durant l’hiver :

Opuntia rhodantha (O. polyacantha v. polyacantha) mars 12 4

La tolérance aux basses températures mesurée par P.S. Nobel est de -18°C pour O. polyacantha var. polyacantha (Nobel et Bobich, 2002).


Opuntia fragilis (sans doute hybridé)


C’est un petit Opuntia plutôt rampant aux articles oblong et épineux. Malgré son nom il est très résistant au froid et supporte pluie, neige et gel comme O. humifusa durant l’hiver, sans protection particulière. Il adopte aussi une stratégie de déshydratation des articles, qui sont ridés durant l’hiver :


Opuntia fragilis hybridé mars 12 4

La tolérance aux basses températures mesurée par P.S. Nobel est de -48°C pour Opuntia. Fragilis var. fragilis (Nobel et Bobich, 2002), c’est la plus basse température mesurée pour un Opuntia.

 

Opuntia fragilis X polyacantha


Il s’agit d’une petite bouture d’un hybride de 2 champions de la résistance au froid. Elle reçoit pluie et neige, et supporte toutes les conditions de gel, même avec le substrat détrempé. Il y a une faible déshydratation des articles durant l'hiver :

 

Opuntia fragilis X polyacantha mars 12 7


Opuntia hystricina v. ursina (O. polyacantha v. erinacea)


C’est toujours une plante du groupe polyacantha, caractérisée avec une spination tellement longue et touffue qu’elle masque les articles (je l’appelle l’ours !). La plante est hivernée au sec, ou en subissant quelques pluies hivernales. Sa résistante au froid est excellente, elle supporte ici des températures ponctuelles jusqu’à -7°C et des températures négatives prolongées sur plusieurs semaines sans problème. Ses articles ne se fripent pas et semblent totalement inchangés entre l’été et l’hiver (mais difficile d’apercevoir l’épiderme !). S’agissant d’une plante du groupe polyacantha, elle doit résister à des froids et une humidité plus intenses que ce qu’elle a supporté jusqu’à présent :

 

Opuntia polyacantha v. erinacea (O. hystricina v. ursina) octobre 11 3

Opuntia violacea (O. macrocentra)


C’est une plante aux larges articles violacés sur le pourtour, du plus bel effet. Lors de ses hivernages précédents la plante a reçu de nombreuses pluies hivernales et sa résistance avait été très bonne. Par la suite elle a été hivernée au sec et a subit des températures négatives prolongées et des températures ponctuelles jusqu’à -7°C sans problème. Ses articles se sont un peu déshydratés et sont devenus plus minces en hiver. C’est supposé être une plante qui peut résister à des températures plus basses :

 

Opuntia violacea (O. macrocentra) octobre 11 7


Voyons maintenant des Opuntia plus sensibles au froid.


Opuntia tardospina (O. engelmannii)


Cette plante aux grands articles bleutés est considérée comme une forme inerme d’O. engelmannii. Elle est hivernée au sec, voire avec quelques pluies hivernales. Sa résistante au froid est bonne puisqu’elle supporte des températures ponctuelles jusqu’à -7°C et des températures négatives prolongées sur plusieurs semaines. Par contre il n’est pas rare de voir apparaitre des taches sur les cladodes, toujours au centre et jamais sur les côtés. Certaines, comme des cloques, restent localisées en surface et n’ont pas de conséquence :

Opuntia tardospina (O. engelmannii) mars 12 3


D’autres, sous forme de taches lisses, ont une allure qui évolue au cours du temps, et qui passe du vert au jaune puis au brun :

Opuntia tardospina (O. engelmannii) mars 12 4

Opuntia tardospina (O. engelmannii) mars 12 7

Opuntia tardospina (O. engelmannii) mars 12 11


Ces taches superficielles peuvent dégénérer en infections qui gagnent les tissus au centre de l’article. Cette infection traverse la cladode et finit par apparaitre du côté opposé. Ensuite, souvent l’épiderme sèche et brunit, mais l’infection reste circonscrite à cette partie : la zone infectée finira par se dessécher sous forme d’un opercule cartonné, qui pourra être expulsé, et dont la cicatrice laissera un trou central dans l’article. Mais par précaution et il est souvent préférable de curer la partie infectée. La zone cartonnée est alors découpée avec un objet tranchant :


Opuntia tardospina (O. engelmannii) mars 12 19

Il subsiste un trou central (chez cette espèce, des résidus bruns sur le pourtour de la plaie sont sans importance et se dessèchent spontanément) :


Opuntia tardospina (O. engelmannii) mars 12 25


Ci-dessous le trou résiduel dans un article qui a subit une infection il y a quelques années. Un tissu cicatriciel sous forme d’écorce s’est formé autour de la plaie :

Opuntia tardospina (O. engelmannii) mars 12 33


Opuntia quimilo


Cet Opuntia des régions ouest de l’Amérique du Sud a des articles minces et effilés assez caractéristiques :

Opuntia quimilo aout 08 4

Il a une relative résistance au froid. Il supporte facilement des températures ponctuelles jusqu’à -7°C, même en étant arrosé de temps à autre par les pluies d’hiver. Par contre les cladodes prennent un aspect assez pitoyable : ils deviennent couleur gris-vert, se tachent, se flétrissent et s’affaissent :

Opuntia quimilo mars 12 2

Opuntia quimilo mars 12 5


La première année, quand j’ai vu la plante à la sortie de l’hiver je l’ai pensée morte et j’ai faillit la jeter. Heureusement je ne l’ai pas fait et je l’ai oubliée dehors dans un coin. En fin de printemps, les articles ont commencé à regonfler, reverdir et se sont progressivement redressés. Au cours de l’été la plante avait repris une apparence tout à fait normale.

Le même phénomène se produit tous les ans. Sans doute est-ce une réaction d’adaptation au froid.

Par contre, lors d’un hivernage au sec, des températures négatives prolongées, et des froids de -6°C répétitifs sur plusieurs semaines, ont conduit beaucoup d’articles à pourrir. Ces articles ont du être coupés. Le froid prolongé a l’air beaucoup plus nocif que les pics de froid intenses de courtes durées.


Opuntia huajuapensis


Ce très grand Opuntia du Mexique a une faible résistance au froid. Il supporte des températures négatives ponctuelles de quelques degrés en dessous de zéro, mais en cas de grand froid ou de froid prolongé il est nécessaire de le rentrer. Les dégâts causés par le gel sont toujours identiques : ils se présentent sur les extrémités supérieures des jeunes cladodes de l’année, qui se mettent à pourrir. A la différence de O. tardospina il n’y a pas de dégât dans la partie centrale des articles, ou alors juste quelques taches de surface sans conséquence. L’extrémité de l’article touché par le gel se dessèche spontanément dans la plupart des cas, sans autre problème :

Opuntia huajuapensis mars 12 5


Dans d’autres situations la pourriture semble s’étendre un peu plus bas et il est alors nécessaire de couper l’extrémité de l’article atteint. La zone sectionnée sèche ensuite sans problème :


Opuntia huajuapensis mars 12 1Opuntia huajuapensis mars 12 4


Opuntia microdasys pallida (O.  microdasys « caress »)


C’est un cultivar aux petits articles veloutés, assez présent en jardineries :

 

Opuntia microdasys pallida aout 11 1


La plante a été hivernée totalement au sec à l’extérieur, sous bâche. Elle a subit des températures négatives prolongées et des températures nocturnes jusqu’à -6°C. Malgré que cette plante du Mexique n’ait pas une réputation d’Opuntia à laisser dehors en hiver, elle a bien résisté au froid. Les articles sont très déshydratés et fripés (sans doute plus du fait d’une absence d’arrosage prolongée que d’un mécanisme de résistance au froid, même si cette déshydratation y a sans doute contribué) :

 

Opuntia microdasys pallida (O. microdasys caress) mars 12

Opuntia tuna maverick

 

Ce cultivar un peu monstrueux avait l’habitude d’hiverner dehors au sec sans problème, même avec quelques pics de gels ponctuels à -7°C :


Opuntia tuna maverick avril 11 1


Par contre une période de froid prolongée, avec des températures négatives sur plusieurs semaines, lui a été fatale :


Opuntia tuna maverick mars 12 1


Comme chez O. quimilo, il semble que le froid prolongé fasse plus de dégâts que les pics de froid ponctuels.


Opuntia ficus-indica


Le figuier de Barbarie, le plus connu et le plus cultivé des Opuntia, est une plante de régions chaudes qui est assez sensible au froid :


Opuntia ficus-indica aout 08 1

Quelques degrés en dessous de zéros suffisent à causer des dégâts irréparables sur les jeunes articles, qui se mettent à pourrir, alors que les articles anciens et lignifiés résistent mieux. Des froids intenses ou prolongés conduisent à la mort de la plante, qui se fait en général par une pourriture généralisée. Les articles s’affaissent puis se liquéfient :


Opuntia ficus-indica avril 10 8

Nous sortons maintenant du genre Opuntia pour considérer quelques autres genres de la tribu.


Tunilla sp.


C’est un groupe un peu hétéroclite de petits Opuntia d’Amérique du Sud, de port plutôt rampant et aux cladodes triangulaires. Leur nomenclature est souvent hasardeuse…

Les 2 premiers hivernages des plantes, sans protection sous la pluie, d’abord dans des pots individuels puis rassemblées dans une jardinière, avaient conduit certaines espèces à se tacher, voire à perdre quelques cladodes du fait d’infections, mais aucune plante n’était morte et toutes étaient bien reparties au printemps. Les plantes ont été ensuite hivernées un peu plus abritées. De la neige sur une journée ne cause aucun dégât :


Tunilla sp. neige décembre 2010 2

 

Les hivernages suivants se sont faits sous une bâche en plastique comme protection contre la pluie. Avec des plantes au sec, des températures négatives prolongées et des froids de -7°C répétitifs ne causent aucun dégât. Certaines espèces déshydratent un peu leurs articles durant l’hiver, comme le font les Opuntia résistants aux grands froids :

 

Tunilla sp. mars 12 5Tunilla sp. mars 12 6


Cumulopuntia boliviana dactylifera


On remarquera dans le fond de la jardinière un plant de Cumulopuntia boliviana dactylifera, qui est cultivé suivant le même régime que les Tunilla. Il se comporte de la même manière et résiste bien au froid. Tenu au sec, ses articles se plissent légèrement durant l’hiver.

 

Cumulopuntia boliviana dactylifera juin 09


Cumulopuntia boliviana ssp. boliviana (Tephrocactus pentlandii v. fuauxianus)


C’est une plante de régions d’altitude constituée d’un empilement de petits articles sphériques. La plante est hivernée au sec à l’extérieur, sous bâche. Elle a subit des températures négatives jusqu’à -7°C et ne change pas d’apparence entre hiver et été. Toujours au sec, elle doit s’accommoder de températures probablement plus basses :

 

Cumulopuntia boliviana boliviana aout 09 2


Tephrocactus articulatus


L’espèce est originaire de zones froides et sèches d’Argentine. Cette petite plante, constituée de quelques articles sphériques à la spination papyracée, et que je soupçonne d’être plus résistante qu’on ne le croit, est l’objet d’une expérience depuis plusieurs années.

Elle est livrée aux éléments sans aucun soin comme une plante d’habitat : elle est dehors sans protection et est arrosée uniquement par les pluies. En hiver elle subit la neige et le gel (jusqu’à -7°C jusqu’à présent), y compris des températures négatives répétitives sur plusieurs semaines. Son pot a été envahi par les mauvaises herbes. Du fait d’une absence de rempotage et d’engrais depuis plusieurs années, et d’un substrat sans doute épuisé, elle n’a pas grossit. Cependant, elle supporte parfaitement ses conditions de culture et son mode d’hivernage : les articles restent verts et ne se tachent pas, malgré le gel et un substrat parfois détrempé. Comme chez les Opuntia résistants au froid, les articles ont tendance à se déshydrater et se friper (ici à la sortie de l’hiver) :

 

Tephrocactus articulatus mars 12 6

Pour essayer de lui permettre de pousser en été, elle va être rempotée dans un nouveau substrat.

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commentaires

Benoît 11/02/2017 00:07

Bonjour, auriez vous des sites ou des adresses où trouver toutes ces variétés ?
Merci.

Fabrice 05/04/2017 22:43

Il y a beaucoup de producteurs de cactus qui ont des sites internet pour commercialiser leur plantes (assez faciles à trouver avec Google) ou bien il faut fréquenter des foires et expositions : voir le site internet du Cactus Francophone, qui récapitule producteurs et foires.

Blanchoz 06/02/2014 15:04

Merci pour toutes ces infos