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16 juillet 2011 6 16 /07 /juillet /2011 20:11

CochonDans le métro je lis souvent un quotidien gratuit dont des exemplaires sont placés tous les matins à la disposition des voyageurs.


Ce jour là, dans l’éditorial que je trouve tous les matins à la seconde page du journal (par miséricorde je n’en citerai pas le nom), je lis :

Le chercheur japonais Akira Iritani s’est lancé un défi fou : faire revivre le mammouth laineux de Sibérie disparu depuis 4000 ans. Pour réaliser sont rêve ce biologiste a récupéré un spécimen congelé et étonnamment bien conservé. Il compte extraire plusieurs noyaux de ses cellules pour les implanter au cœur d’autres, extraites d’un éléphant bien vivant. […] les cellules créées seront ensuite transformées en embryons, avant d’être introduites dans l’utérus d’une éléphante. […] Il est toutefois peu probable que l’ADN de mammouth soit dans un état suffisamment bon après quatre millénaires.

Et l’article se termine par cette phrase :

… Mais c’est sans compter sur la pugnacité du scientifique. En 2004 il était parvenu à greffer un gène d’épinard… sur des cochons, pour rendre leur viande moins grasse.

 

Face à un tel texte, combien de lecteurs ont alors imaginé un cochon vert chlorophyllien ? Un cochon hybride aux oreilles en feuilles d’épinard ? Et un gène d’épinard, même si ils n’en ont jamais vu, c’est forcément vert et maigre, non ? (et bien sûr, à la différence de la viande de porc traditionnelle, ce cochon-épinard doit être à l’image des légumes verts, qui ne font pas grossir).

Deux choses sont à relever dans cet éditorial :

  • - La première concerne la terminologie utilisée, qui est riche d’information sur l’incompréhension du journaliste.

L’idée de la « greffe d’un gène » ferait sursauter n’importe quel biologiste. C’est vrai qu’on a l’habitude de transposer dans un vocabulaire qui nous parle, et qui a un sens pour nous, des faits ou des situations qui nous sont originellement incompréhensibles. Mais ce qui est plus grave ici c’est qu’il s’agit de l’explication d’un professionnel dont la tache est d’informer un public le plus justement et le plus fidèlement possible. Au delà de résumer toute l’incompétence du journaliste, cet éditorial illustre la difficulté à communiquer dans le langage courant des informations qui relèvent d’un domaine peu accessible au grand public. La prudence aurait voulu que le journaliste, qui ne savait visiblement pas de quoi il parlait, s’abstienne ou se renseigne. Mais lui aussi à vu gambader devant lui un cochon vert et maigre à l’image d’une feuille d’épinard, tout simplement parce que pour lui les 2 mots importants de l’expérience étaient épinard et cochon, et que leur association était étrange, et comme il ne savait pas comment ils s’associaient il a eu l’idée d’une « greffe », alors que le seul mot important était gène… mais c’est un mot beaucoup moins imagé, et qui échappe au sens commun.

C’est ce genre de discours pseudo-scientifique qui jette en pâture au grand public des idées reçues sur la transgénèse, les OGM, la pollution, les aliments cancérigènes, le réchauffement de la planète, l’évolution, etc. Le tout apprêté avec une sauce médiatique aux relents de sensationnel.

  • - La deuxième chose concerne la méconnaissance du domaine dont le journaliste se veut le rapporteur :

Que le scientifique cité ci-dessus ait « greffé » un gène d’épinard est absolument sans intérêt, que ce soit sur des cochons ou quoi que ce soit d’autre. Insérer des gènes dans des génomes étrangers est depuis des décennies le B-A BA de la biologie moléculaire. La transgénèse est devenue d’une totale banalité. Aujourd’hui c’est une tache que n’importe quel étudiant en premier cycle universitaire de biologie est capable de faire. C’est pratiqué en routine dans tous les laboratoires du monde et ça ne mérite même pas une ligne dans un journal. Mais dans l’imaginaire du journaliste c’est du sensationnel, du fantasmagorique, et si ça l’est pour lui ça doit l’être pour les lecteurs.

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