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  • : Docteur en biologie, tendance réductionniste, je m'intéresse à tout... mais à des degrés divers. C'est à partir des cactées que mon site va plus loin dans l'exploration de domaines contigus à la biologie...
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16 décembre 2006 6 16 /12 /décembre /2006 14:00

The explanatory arrow of science currently aims downward (La flèche de l’explication en science pointe actuellement vers le bas).

Steven Weinberg, Prix Nobel de physique. 

 
Un petit coup de gueule contre plusieurs théories où visions «globalisantes» en biologie, qui ne sont que des ignorances passéistes qui avancent masquées, drapées dans un discours d’avant-garde, et qui me hérissent le poil.

 

Quand Jean-Marie PELT, jouant de son aura de grand naturaliste mais digne représentant des scientifiques du XVIIIième siècle, avec autant de connaissance en biologie moléculaire qu'en avait Buffon, vient nous expliquer à la télé que « les Organismes génétiquement Modifiés (OGM) c’est mal parce que les gènes sont dans le désordre», c’est pitoyable. Autant demander à ma concierge quel est son avis sur les dernières avancées de la théorie des cordes en cosmologie.
On peut être contre les OGM mais au moins qu’on argumente sérieusement, sans invoquer une globalité immuable et un ordre naturel regardé comme une horloge au mouvement perpétuel. La Nature a mis en œuvre au cours de son évolution des mécanismes, des stratagèmes et des transferts génétiques entre organismes dont nous mesurons à peine l’étendue, qui n’ont rien à envier aux OGM actuels, et dont ces derniers ne sont que de très pâles copies.

 

Le Vitalisme (la croyance en l’existence d’une « force vitale ») ayant quitté avec fracas, coté jardin, la scène scientifique à la fin du XIXième, le voici qui fait son retour sur la pointe des pieds, coté cour, sous le nom « d’émergence ».
Les systèmes émergents sont issus de la théorie de la complexité, qui postule que des propriétés nouvelles apparaissent dans les systèmes complexes dont les composants intimes sont en interaction, et que ces propriétés émergentes ne sont pas la simple addition des propriétés des constituants du système.
Sans nier la réalité du concept de système émergent en biologie, je remarque qu'il est le prétexte à toutes sortes de dérives spiritualistes, sous couvert de la difficulté à appréhender les organisations complexes du monde vivant.
Très à la mode actuellement en sciences naturelles, ils sont mis à toutes les sauces, et sont devenus le leitmotiv de ceux qui refusent en block toute tentative de réduction scientifique, sous prétexte que des systèmes biologiques complexes évoluent de manière imprévisible, ou parce qu’ils n’ont pas les connaissances nécessaires pour les comprendre.
Chaque système biologique dont le fonctionnement est très complexe - ou encore mieux, stochastique - est enfermé dans un sac auquel on fait un gros nœud pour ne pas en voir les constituants, et sur lequel on colle l’étiquette « Système Emergent ». Bref, les phénomènes biologiques non-déterministes, imprévisibles ou émergents sont tous cuisinés à la même sauce.
La plupart des avancées modernes de la biologie sont fondées sur l’analyse, le décryptage et le décodage des éléments constitutifs des systèmes et je trouve lamentable de croire que, par quelques tours de passe-passe épistémologiques, les propriétés émergentes ne sont pas réductibles in fine aux propriétés des molécules du système et à leurs interactions, décryptées palier par palier en direction du niveau inférieur.

Si cette explication par l’émergence avait toujours prévalue, nous en serions encore à la théorie de la Génération Spontanée pour expliquer la plupart des phénomènes biologiques.

 

Quand les créationnistes viennent nous expliquer que le monde vivant est beaucoup trop complexe pour avoir été le fruit d’une évolution naturelle, et qu’il y a sûrement un Dieu caché là-dessous, cela peut tout a fait être considéré comme une Nième variation de la théorie des systèmes émergents.

Le refus de prendre en compte les détails (le diable n’est-il pas dans le détail ?) est sensé tout résoudre car toute question trouve alors sa réponse dans une explication globalisante, d’ordre supérieur et donc difficilement accessible. Leur appel au supranaturel dans l’explication de l’évolution de la vie (ne serait-ce pas une émergence ?) ne témoigne que d’une ignorance, et rien d’autre.

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commentaires

stellaire 02/05/2010 19:32



je découvre bien tardivement votre commentaire.  mais je ne peux que regair quand je lis "Jean-Marie PELT, jouant de son aura de grand naturaliste"


remettre les pendules à l'heure est nécessaire : , Pour l'avoir malheureusement cotoyé longtemps, non,
JM Pelt n'est pas un grand naturaliste, en tout cas pas au sens universitaire du terme (à la manière d'un Wilson, ou d'un Mayr...).  Il est  - rendons à César ce qui appartient à César
- un excellent vulgarisateur,un redoutable communicant, mais cela s'arrête là. aussi l'avie de JM pelt a toujours séduit surtout le grand public (la ménagère de plus de 50 ans) et des
scientifiques naifs et mal informés.  Pour le reste.... Il est chretien affirmé, et mêle Dieu et la sicence ce qui est une mixture comme l'huile et l'eau.... Alors, inutile de s'enerver sur
lui,. Si vous voulez vous frottez à des avis divergents, trouvez les chez des scientifiques plus dignes de ce nom... ;-) 



Fabrice 04/05/2010 13:05



Bonjour


Je ne tenais pas particulièrement à "me frotter à des avis divergents", j'avais juste été surpris de son manque de rigueur, de la légèreté et de la naiveté de ses propos (je ne l'avais pas
trouvé particulièrement éloquent pour un "redoutable communicant"). En tout cas merci pour votre commentaire, qui rejoints l'idée que j'avais de lui...



Philippe Pinet 12/12/2007 22:20

Quelques remarques:1) le concept de système émergent : quelle différence avec la génération spontanée?2) OK, c'est ridicule de recouvrir ce qu'on ne comprend pas d'un voile transcendant le rendant à jamais inaccesible. Avec ce type d'approche on ne risque guère d'aller plus loin.3) Pour autant, d'un point de vue global, vu de très loin, ce qui se déroule sous nos yeux est quand même étonnament structuré, organisé. Que dans la matière issue du Big bang il y ait eu déjà contenu toute la suite, comme en germe, est à proprement parler stupéfiant.4) La comparaison des trésors d'ingéniosité, de patience et de travail qu'il nous faut pour inventer un avion avec le fait que de la matière issue du big bang découle comme cela par le simple déroulement d'un programme, tel oiseau, et que de surcroit cet oiseau puisse se reproduire et se guérir tout seul de certaines attaques bactériennes a de quoi laisser songeur. D'un côté, beaucoup de travail humain, de sueur, pour un résultat limité: l'avion ne se répare pas tout seul, il ne se reproduit pas, il ne bouge même pas de son propre gré. De l'autre, sans travail, sans rien, avec un peu de plasma et beaucoup de temps: un oiseau! Face à cet incroyable programme dont beaucoup reste à découvrir, postuler l'"existence" d'un créateur du logiciel... Cela n'enlève rien à la possibilité de poursuivre nos investigations. Cela rend compte de la stupéfaction qui nous saisit si 'lon veut bien ouvir les yeux sur l'étonnant mystère de ce qui se déroule sous nos yeux: quand bien même nous aurons tout compris ( j'en doute car j'ai le sentiment que ce programme est infini (non pas par le temps mais dans sa structure), il restera toujours la question de l'emergence d'un tel programme. 5) En résumé, je pense qu'il y a une place pour Dieu qui ne gêne en rien la science.Merci en tout cas pour votre prise de position qui permet de stimuler nos neurones ( je suis venu sur votre site par les cactus!).

Fabrice 15/12/2007 11:47

1/ La croyance en la génération spontanée prenait sa source dans l’idée qu’un « principe vital » (à la base de la théorie du vitalisme) était aux sources de la vie : la génération spontanée n’était pas vraiment une émergence mais plutôt une transmutation des organismes due à la perpétuation du principe vital d’un corps vers un autre.La notion moderne d’émergence est heureusement un peu plus sérieuse et argumentée, elle s’attache plus aux fonctions qu’aux structures. Je regrette juste qu’elle soit en décalage avec la pratique expérimentale (profondément réductionniste), et qu’elle ne fasse pas la « police » chez elle, pour couper court à des principes « spiritualistes » qui cherchent à l’utiliser. 3/ 4/ et 5/ : La comparaison de l’oiseau et de l’avion est similaire à la comparaison de la pierre et de la montre faite par le théologien William Paley au XVIIIème siècle dans sa Théologie naturelle ou, plus récemment, à la comparaison de l’appareil photo et de l’œil de l’évêque de Birmingham Hugh Montefiore dans son ouvrage La probabilité de Dieu. Ce raisonnement pèche par l’idée de « programme » : C. Darwin a démontré l’absence de programme mais une longue succession de causes et d’effets. Il convient de ne pas s'attacher au résultat final mais de considérer l'enchainement au cours du temps des mécanismes qui sont en causes.Richard Dawkins a aussi très bien répondu à toutes ces interrogations, c’est l’objet de son livre « l’Horloger aveugle », dont je vous conseille la lecture.

grégory beurier 02/10/2007 01:22

L'approche de l'émergence n'est pas en soi porteur d'un vitalisme quelconque. Et je trouve votre phrase :"je trouve lamentable de croire que, par quelques tours de passe-passe épistémologiques, les propriétés émergentes ne sont pas réductibles in fine aux propriétés des molécules du système et à leurs interactions."est bien peu argumentée.Je vous renvoie donc au théorème d'incomplétude de Gödel pour comprendre que la complexité d'un système (qu'il soit biologique ou pas), trés généralement issue de dynamiques non-linéaires (génératrices d'incertitudes), ne peut parfois pas être expliquée par la même théorie qui produit le système. J'abrège, mais cela signifie parfois que les explications que l'on peut donner d'un mécanisme ne peuvent en aucun cas être prouvé avec la théorie qui nous permet de donner les explications.L'émergence de ce point de vue est complétement "réductionniste" mais entretien des dynamiques trop complexes pour être appréhendées "mathématiquement". On voit alors apparaitre dans ces dynamiques des structures/propriétés qui représentent un saut qualitatif et fonctionnel (ex: la pensée dans le cerveau, issue de l'interaction des neurones).Ce qui est particulièrement interressant dans votre vision c'est que vous présentez la crypto comme manière d'approche. Effectivement, crypter ou compresser un problème (une description de système) est une des façon d'aborder la complexité d'un système ainsi que les comportements qui en émerge. C'est justement dans ce cadre (complexité de kolmogorov) que Gödel a prouvé qu'il n'était pas possible de prouver que la description que l'on fait d'un système (et par là sa complexité intrinsèque) était la plus courte.Bref, je suis amplemant mécaniste et réductionniste mais je conçoit parfaitement les conséquences que peuvent avoir des interactions non-linéaires dans un processus émergent. Et réduire les nouvelles propriétés in fine aux éléments de plus bas niveau ne peut, de ce point de vue, être réalisé qu'en simulant le système (en modélisant les interactions non formalisables dans leur ensemble).

Fabrice 04/10/2007 23:01

Merci pour ce commentaire détaillé, même si certains arguments m’échappent un peu (je suis biologiste moléculaire). Je me doutais, en tout cas, que l’on finirait tôt ou tard par me mettre le théorème d’incomplétude de Gödel sous le nez…Pour préciser mon point de vue, mon texte ne concerne que la biologie, et est issu d’une vision strictement empirique et - surtout - historique de la biologie. Je conçois tout à fait, et j’en suis même sûr, que ce point de vue puisse ne pas être applicable à d’autres domaines que la biologie, et c’est pourquoi je ne le généralise pas.Empirique : basé sur l’expérimentation comme mode d’acquisition des connaissances.Historique : un simple coup d’œil en arrière montre que l’ensemble des connaissances en biologie est issu d’une approche réductionniste (reductionnisme hiérarchique, d'aprés la définition de R. Dawkins), et que toutes les impasses scientifiques qui se sont présentées au cours du temps ont été contournées en abandonnant l’idée d’émergence, et en particulier le concept de vitalisme. Le tandem vitalisme-spiritualisme a réinvestit la notion moderne d’émergence en biologie pour en faire son cheval de Troie, alors que l’histoire et les succès de la biologie au cours des siècles ne sont qu’une éloquente leçon de réductionnisme.Le nom de mon blog est « Le Cactus Heuristique », pas « Le Cactus Holistique ».

Wingos 22/09/2007 15:25

Pour partir sur une base constructive, ma question est : existe-t-il une définition rigoureuse de système émergent ? Si oui, laquelle, ça m'interesse :-)Jean-Luc

Fabrice 23/09/2007 13:44

La définition que je donne dans l’article est la définition large communément admise :« Les systèmes émergents sont issus de la théorie de la complexité, qui postule que des propriétés nouvelles apparaissent dans les systèmes complexes dont les composants intimes sont en interaction, et que ces propriétés émergentes ne sont pas la simple addition des propriétés des constituants du système ».En effet, on trouve maintenant des systèmes émergents dans tous les domaines de la connaissance : dans les sciences dures (physique, biologie, chimie, etc), et aussi dans les sciences humaines (sémantique, sociologie, etc), ou ils ont sans doute beaucoup plus leur place.On ne peut donc que rester sur une définition large et, suivant les domaines, la notion de système émergent peut être précisée.(Par exemple pour la biologie, en France, voir les textes du scientifique Henri Atlan ou du philosophe Paul-Antoine Miquel).

marie-pierre 31/01/2007 11:42

Bien dit ! C'est fatigant de devoir entendre des âneries à la chaîne sur nos télés ou dans nos journaux... émanant en plus de personnalités connues mais qui se sentent obligés de parler de choses qu'ils ne connaissent pas. C'est dommage !
C'est vrai que, s'il faut en 2007, défendre l'idée que non, non, non, le créationnisme n'est pas une théorie à l'instar de l'évolutionnisme... ben on n'est pas arrivé !!

helran 13/01/2007 05:36

   Surtout que dans certain Etat il est interdit d'enseigner la théorie de l'évolution.   Puis d'après la bible and co, ce que dieu créa est parfait. Or en biologie le parfait n'existe pas, sinon nous ne serions pas là. Car c'est grace à un taux d'erreur faible (10^-11) lors de la réplication de l'adn que les especes ont évolué. Donc le créationisme, et le parfaitisme (ça ce dit ?) ne peux exister. (et si ce serait le cas, il n'existerait pas de maladie génétique... vu que tout est parfait et donc réplication, transcription et traduction sans erreur). Enfin c'est mon point de vue ou plutot ma supposition.

MICOULOT 17/12/2006 19:55

Je ne suis pas un scientifique, bien que ces questions m'intéressent et j’ai apprécié ce « coup de gueule »
 

Je crains fort que le "créationnisme", signe d'un retour à l'obscurantisme d’origine religieuse, ne soit en train de gagner du terrain, principalement aux USA, pourtant pas peuplés uniquement de crétins. Pour preuve les réactions au film «  La marche de l’empereur » ! Certains y voient la preuve que c’est Dieu qui a créé directement cet animal, «  ne pouvant raisonnablement pas être le résultat d’une évolution naturelle ».
 

J’apprécie votre site et vous félicite