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publié dans : Le Cactus Heuristique par Fabrice

Un petit coup de gueule contre plusieurs théories où visions «globalisantes» en biologie, qui ne sont que des ignorances passéistes qui avancent masquées, drapées dans un discours d’avant-garde, et qui me hérissent le poil.

 

Quand Jean-Marie PELT, jouant de son aura de grand naturaliste mais digne représentant des scientifiques du XVIIIième siècle, avec autant de connaissance en biologie moléculaire qu'en avait Buffon, vient nous expliquer à la télé que « les Organismes génétiquement Modifiés (OGM) c’est mal parce que les gènes sont dans le désordre», c’est pitoyable. Autant demander à ma concierge quel est son avis sur les dernières avancées de la théorie des cordes en cosmologie.
On peut être contre les OGM mais au moins qu’on argumente sérieusement, sans invoquer une globalité immuable et un ordre naturel regardé comme une horloge au mouvement perpétuel. La Nature a mis en œuvre au cours de son évolution des mécanismes, des stratagèmes et des transferts génétiques entre organismes dont nous mesurons à peine l’étendue, qui n’ont rien à envier aux OGM actuels, et dont ces derniers ne sont que de très pâles copies.

Le Vitalisme (la croyance en l’existence d’une « force vitale ») ayant quitté avec fracas, coté jardin, la scène scientifique à la fin du XIXième, le voici qui fait son retour sur la pointe des pieds, coté cour, sous le nom « d’émergence ».
Les systèmes émergents sont issus de la théorie de la complexité, qui postule que des propriétés nouvelles apparaissent dans les systèmes complexes dont les composants intimes sont en interaction, et que ces propriétés émergentes ne sont pas la simple addition des propriétés des constituants du système.
Sans nier la réalité du concept de système émergent en biologie, je remarque qu'il est le prétexte à toutes sortes de dérives spiritualistes, sous couvert de la difficulté à appréhender les organisations complexes du monde vivant.
Très à la mode actuellement en sciences naturelles, ils sont mis à toutes les sauces, et sont devenus le leitmotiv de ceux qui refusent en block toute tentative de réduction scientifique, sous prétexte que des systèmes biologiques complexes évoluent de manière imprévisible, ou parce qu’ils n’ont pas les connaissances nécessaires pour les comprendre.
Chaque système biologique dont le fonctionnement est très complexe - ou encore mieux, stochastique - est enfermé dans un sac auquel on fait un gros nœud pour ne pas en voir les constituants, et sur lequel on colle l’étiquette « Système Emergent ». Bref, les phénomènes biologiques non-déterministes, imprévisibles ou émergents sont tous cuisinés à la même sauce.
La plupart des avancées modernes de la biologie sont fondées sur l’analyse, le décryptage et le décodage des éléments constitutifs des systèmes et je trouve lamentable de croire que, par quelques tours de passe-passe épistémologiques, les propriétés émergentes ne sont pas réductibles in fine aux propriétés des molécules du système et à leurs interactions.

Si cette explication par l’émergence avait toujours prévalue, nous en serions encore à la théorie de la Génération Spontanée pour expliquer la plupart des phénomènes biologiques.

Quand les créationnistes viennent nous expliquer que le monde vivant est beaucoup trop complexe pour avoir été le fruit d’une évolution naturelle, et qu’il y a sûrement un Dieu caché là-dessous, cela peut tout a fait être considéré comme une Nième variation de la théorie des systèmes émergents.

Le refus de prendre en compte les détails (le diable n’est-il pas dans le détail ?) est sensé tout résoudre car toute question trouve alors sa réponse dans une explication globalisante, d’ordre supérieur et donc difficilement accessible. Leur appel au supranaturel dans l’explication de l’évolution de la vie (ne serait-ce pas une émergence ?) ne témoigne que d’une ignorance, et rien d’autre.

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