






LE CACTUS HEURISTIQUE
C’est à partir de « L’Origine des
Espèces », l’œuvre majeure de Darwin publiée en Angleterre en 1859, qu’a émergé la théorie darwinienne de l’évolution des espèces.
Presque tout le monde a une idée, plus ou moins vague, de ce qu’est cette théorie, mais cette connaissance est exprimée parfois avec des contrevérités ou des contradictions, ou se limite souvent à la seule connaissance de la notion de sélection naturelle. Voir l'article "Quelques grands biologistes de l'évolution".
La théorie de Darwin est complexe, mais composée d’une palette de sous-théories limpides qui nécessitent d’être précisées :
Ø L’évolution des organismes
Les organismes se modifient au cours du temps, génération aprés génération. Il y a « non-constance » des espèces.
C’est la théorie darwinienne la plus simple, mais pourtant pas celle qui a été le plus facilement acceptée au moment de sa parution.
Ø La descendance d’ancêtres communs
Les espèces descendent d’organismes communs, depuis un ancêtre unique : c’est l’évolution arborescente des espèces.
Ce fut la théorie darwinienne acceptée le plus facilement, car elle expliquait de nombreux faits, dont les similitudes observées entre les espèces.
Ø Le gradualisme de l’évolution
Les espèces se modifient graduellement au cours du temps, et non brusquement : elles ne se créent pas d’emblée (il n’y a pas de saltationisme).
Cette théorie a rencontré une très forte opposition, qui se comprend mal aujourd’hui, simplement parce que les naturalistes étaient alors essentialistes (les espèces étaient définies une fois pour toute, en bloc). Cette opposition est aujourd’hui reprise par les créationnistes.
Ø La spéciation populationnelle (ou l’apparition des espèces)
C’est la division d’une espèce en plusieurs espèces filles, diversifiées. La spéciation ne peut se définir qu’au niveau d’une population d’individus (et non au niveau d’un organisme isolé).
C’et la théorie darwinienne la plus complexe, dont les mécanismes ont été très longtemps débattus, y compris par Darwin lui-même, et ceci encore aujourd’hui.
Ø La sélection naturelle
C’est la production de variations des individus, et le tri de ces individus par sélection et élimination. Théorie elle-même à multi-composants (existence d’un surplus reproductif, héritage des différences individuelles, caractère discret des composants de l’hérédité, etc).
Ce fut la plus osée, la plus innovante et aujourd’hui la plus connue des théories darwiniennes. Elle est au cœur de la révolution darwinienne. C’est cependant celle qui a connu l’opposition la plus forte, la plus totale et la plus longue, sans doute parce qu’elle refoule en bloc le déterminisme et la téléologie de la vie.
QUELQUES IDEES RECUES…..
La
théorie de l’évolution des espèces a été affinée et précisée au fil du temps, pour constituer dans les années 1940 la « Théorie synthétique de l’évolution ». Il est indispensable de combattre quelques idées reçues qui perdurent (dont beaucoup « pré-darwiniennes »), issues de schémas de pensés centenaires mais faux, ou de
raccourcis intuitifs erronés :
Il n’y a pas de transmission des caractères acquis
La génétique a révolutionné la théorie de l’évolution des espèces en montrant que ce ne sont pas les individus qui évoluent mais les
populations.
Aucun des caractères acquis par un individu au cours de sa vie (les caractères phénotypiques) ne peut se transmettre génétiquement à sa descendance. La transmission à la descendance de certains
caractères phénotypiques acquis, parfois observée chez les végétaux, est qualifiée « d’épigénétique », et n’est pas durable à l’échelle de nombreuses générations (voir les articles sur le
classification des cactées et les cristations) : Elle correspond à un marquage biochimique du patrimoine génétique qui influe sur son expression, mais non à une information génétique propre.
Sélection naturelle ? Plutôt
élimination naturelle !
L’idée courante pour expliquer l’évolution de la vie est celle d’une sélection opérée par la nature à chaque génération, pour
permettre aux seuls organismes les plus adaptés de se reproduire et transmettre leurs caractéristiques à leur descendance.
Si ce phénomène de sélection des « meilleurs » a pu être mis en évidence, ce n’est pas le principal moteur de l’évolution : c’est l’élimination des organismes les moins adaptés à leur environnement et au plus faible succès reproductif qui prédomine.
A première vue il ne s’agit que d’une nuance. Pourtant, si on y réfléchit bien, on s’aperçoit que les conséquences, en terme
d’évolution, d’un processus d’élimination sont tout à fait différentes de celles d’un processus de sélection : elle permet à chaque génération la survie d’une plus grande diversité d’individus et
une pallette de variations plus étendue. Le caractère stochastique (= le rôle du hasard) de l’évolution des organismes est alors maximisé. L’élimination, plutôt que la sélection, permet de mieux
comprendre le caractère désordonné et imprévisible de l’évolution.
L'idée de la sélection naturelle suppose une compétition entre organismes, et les images qui viennent à l'esprit sont souvent les
confrontations entre espèces popularisées par la Théorie de la Reine rouge : combat de la proie contre son prédateur, lutte de l'hôte contre ses parasites, etc.
Pourtant, l'essentiel de la compétition pour la vie a lieu au sein d'une population de la même espèce. Pourquoi ? Parce que les organismes
d'une même espèce sont en compétition pour l'utilisation des mêmes ressources.
Quand un lion attaque un troupeau de
gazelles, la survie de chaque gazelle ne provient pas du fait qu'elle courre plus vite que le lion, mais quelle courre plus vite que la gazelle la plus lente du troupeau.
Cette boutade illustre une croyance qui a été au cœur des sciences naturelles jusqu’à Darwin, et a été défendue par les plus farouches adversaires de la sélection naturelle.
C’est une idée ancienne qui, encore aujourd’hui, est vivace : la croyance en la téléologie de l’évolution, ou orthogenèse.
Dans le cas présent, la téléologie se définie comme la croyance en une finalité de l’évolution des organismes au cours du temps : il y aurait dans la nature une tendance intrinsèque au perfectionnement ou vers la complexité.
Cette idée a été combattue par la totalité des biologistes de l’évolution contemporains et est totalement discréditée depuis les années 1930, grâce notamment aux avancées de la paléontologie et de la génétique. Les recherches post-darwiniennes ont montré que la finalité n’existe pas et que les irrégularités de l’évolution sont incompatibles avec un programme téléonomique intrinsèque qui conduit à la complexité ou au perfectionnement. La sélection naturelle agit sur les organismes génération après génération, et repart donc chaque fois de zéro à chaque génération. La sophistication observée chez certains organismes actuels ne s'est pas généralisée et n'est pas représentative d'une tendance de fond au cours de l'évolution.
Comme le souligne S. J. Gould, si la terre devait revenir en arrière jusqu’aux premières lueurs de la vie, et si le chemin de l’évolution jusqu’au temps présent devait être refait, alors absolument aucune nécessité n’obligerait la vie à suivre la même évolution que celle qui a été suivie, ni à reproduire les mêmes organismes, ni atteindre la même complexité que celle que nous constatons aujourd’hui. L’évolution est opportuniste, et est le pur résultat de la « contingence ».
Pour Gould, les véritables maîtres de la terre ont toujours été, et seront toujours… les bactéries.
************************************************************************************************************************
Publications récentes
Pour les érudits :
Pour ceux que les problèmes d'évolution et de classification des espèces intéressent, signalons la sortie du monumental
livre "De l'espèce" de P. Lherminier et M. Solignac (respectivement généticien et biologiste de l'évolution).
C'est une bible de 694 pages qui a la vocation de faire le tour de la définition de l'espèce et de la classification, et qui y parvient remarquablement grâce à une exhaustivité presque
totale.
Même si le livre est bourré d'anecdotes passionnantes, de rappels historiques, il traite de sujets très pointus et s'adresse aux personnes ayant déjà une bonne connaissance du domaine.
C'est un ouvrage de référence, et son avantage est d’être construit comme un dictionnaire, avec des entrées multiples.
Pour les novices :
Pour ceux qui veulent s’initier aux mystères de l’évolution du monde vivant, voici un livre didactique, d’approche un peu scolaire
mais très complet et captivant : « Darwin, dessine-moi les hommes » de Claude Combes, biologiste et spécialiste du parasitisme.
Construit comme un dialogue entre Yin et Claudes Combes, le livre explore avec des mots simples le paysage de l’évolution de la vie tel qu’il est connu aujourd’hui, et détaille les différentes
théories qui l’animent.
Très bien fait et accessible, bravo pour l'ensemble des articles.
jb
Bonjour,
Félicitations pour votre site qui est vraiment bien conçu! J'ai créé un annuaire de blogs et si vous souhaitez vous y inscrire voici l'adresse: http://netblog.webtoweb.fr !
Bonne continuation
Commentaires