Présentation

  • : Le Cactus Heuristique
  • Le Cactus Heuristique
  • : Docteur en biologie, tendance réductionniste, je m'intéresse à tout... mais à des degrés divers. C'est à partir des cactées que mon site va plus loin dans l'exploration de domaines contigus à la biologie...
  • Contact

Translation / Traduccion

Recherche Sur Le Site

Page Facebook

RECEMMENT :

Rajout de photos de cactées globulaires diverses.

PROCHAINEMENT :

Un article sur les relations entre Rhipsalis teres et les fourmis

9 août 2009 7 09 /08 /août /2009 00:28

Les hominidés, un groupe largement décimé

 

Les hominidés (les grands singes actuels : gorille, chimpanzé, bonobo et orang-outang ; et les homininés, une vingtaine d’espèces connues : la lignée humaine (les espèces du genre Homo), Sahelanthropus, Ardipithecus, Australopithecus, Orrorin, Ardipithecus, Kenyanthropus, Paranthropus et les Australopithèques, tous disparus), sont souvent considérés - dans une vision plus ou moins finaliste - comme la pointe avancée de l’évolution de la vie. Pourtant, avec le regard en arrière que permettent des découvertes récentes en paléoanthropologie, associées à la situation actuelle des grands singes, un pessimisme de circonstance est de rigueur et amène à considérer avec plus de modestie l'adaptation de ce groupe et « l’importance du cerveau » dans l’évolution.

 

La disparition annoncée des grands singes ?

 

Sans compter que les hominidés – mis à part les humains actuels - n’ont jamais constitués des groupes extraordinairement florissants au cours des temps géologiques, la situation de la totalité des espèces restantes n’a cessée de se dégrader ces dernières décennies. Toujours confinées sur des territoires isolés et restreints, elles n’ont jamais su se répandre à la surface de la terre au delà de leurs petites aires de répartitions.

Victimes de la déforestation, du morcellement de leurs territoires, des conflits armés, du braconnage, de l’attrait pour la viande de brousse, de leur faible natalité ou de l’émergence du virus Ebola, les grands singes périclitent.

Il y a peu à dire sur la situation des grands singes : les quelques chiffres actuels sont éloquents. Avec des populations comprises entre 100 000 et seulement 600 individus (pour le gorille des montagnes), certaines espèces de gorilles sont au bord de l’extinction. Les orangs-outangs ont vu leur population décliner à environ 70 000 individus avec la disparition des forêts qui constituent leur habitat. Le genre chimpanzé ne s’en sort pas mieux avec des populations réduites à 20 000 individus pour les bonobos et 100 000 pour les chimpanzés communs, et a déjà disparu de 4 états africains.

 

La disparition de l’Homme de Neandertal : l’Homme moderne pointé du doigt

 

Il y a 42 000 ans en Europe, et jusqu’au sud de la Sibérie et en Asie centrale, la population humaine était exclusivement constituée d’Hommes de Neandertal (Homo neanderthalensis), une autre espèce que l’Homme moderne (Homo sapiens), qui n’y avait pas encore mis les pieds. L'Homme de Neandertal était d’apparence trapue, il avait évolué et s’était adapté au climat froid de l’Europe pendant des centaines de milliers d’année. Il possédait le plus gros cerveau (1500 à 1750 cm3) de tous les hominidés qui ont vécu sur terre jusqu’à ce jour, alors qu’il était pourtant de taille plus petite que l’Homme moderne. Il a disparu il y a un peu moins de 30 000 ans, pour des raisons qui sont restées mystérieuses et controversées, soit 15 000 ans après l’arrivée en Europe des Hommes modernes, venus d’Afrique.

Les analyses génétiques des restes fossiles ont montré que la population néanderthalienne était restée extrêmement clairsemée : le nombre total de femmes qui étaient en âge de procréer il y a 130 000 ans est estimé entre 5000 à 9000 femmes pour l’Europe de l’Ouest. Les analyses ADN effectuées à partir de la fin des années 1990 ont contredit l’hypothèse d’assimilation des néanderthaliens  par les Hommes modernes, un instant avancée pour expliquer leur disparition : il semble que les 2 espèces ne se sont pas hybridées et fondues l'une dans l'autre.

Aujourd’hui, des preuves pointent la compétition avec l’Homme moderne comme cause probable de la disparition des néandertaliens :

- L’Homme de Neandertal a dû être en concurrence avec l’Homme moderne pour le partage des ressources naturelles. Ce dernier aurait pu bénéficier d’un avantage démographique (taux de reproduction, mortalité, âge du premier enfant), même minime, qui a pu faire la différence face à Neandertal. L’homme moderne aurait pu mettre en place de la sécurité et de la densité de population, qui permettent de créer des réseaux sociaux nécessaires à la transmission des innovations et à l’installation d’un progrès continu.

- Il a été montré que dans le sud de l’Espagne, la dernière zone ou ont subsisté les néanderthaliens, ceux-ci ont été protégés pendant 1500 ans par un climat froid et aride de l’avancée vers le sud des Hommes modernes. La compétition entre les 2 espèces a repris avec le retour d’un climat tempéré, jusqu’à l’extinction totale de l’Homme de Neandertal.

- Et de manière troublante, 2 fossiles de néanderthaliens récemment trouvés présentaient des traces de dépeçage et surement de cannibalisme (mais était-ce par les Hommes modernes ?).

 

Une découverte majeure : l’Homme de Florès

 

A ce jour la découverte de l’Homme de Florès constitue, incontestablement, la plus grande découverte de ces dernières décennies en anthropologie.

 

Petit résumé chronologique des événements :

 

Septembre 2003 : Une équipe de paléontologues découvre dans une grotte de l’ile de Florès, en Indonésie, le squelette fossile d’un hominidé, une femme, mesurant environ un mètre.

 

2004 : Les premiers résultats de l’étude du squelette sont publiés le 28 octobre 2004 dans la revue Nature et l'« Homme de Florès », ou Homo floresiensis, fait la couverture de la revue. Il serait une espèce totalement nouvelle au sein des hominidés. Des outils en pierre retrouvés sur le site sont également étudiés. Les média du monde entier s’emparent de l’affaire.

 

2005 : La datation du fossile est un choc : elle indique que cette espèce peuplait encore la région il y a seulement 18 000 ans, alors qu’Homo sapiens - l’Homme moderne - avait déjà colonisé toute la planète, y compris l'île de Florès.

La description des restes de 9 fossiles d'Homo floresiensis est publiée dans la revue Nature le 13 octobre 2005, et confirme ces hypothèses : Homo floresiensis a vécu sur l’île de Florès sur une période continue entre -95 000 et -12 000 ans.

Il est montré qu’Homo floresiensis était capable de concevoir des outils, qu’il chassait et maitrisait l'usage du feu. La description d’Homo floresiensis indique qu’il mesurait environ 1 m pour 16 à 28 kg et se tenait debout. Ses caractéristiques principales sont la petite taille et la taille réduite du cerveau (380 cm3).

 

Dés la publication des premiers résultats la polémique s’installe et se poursuit pendant plusieurs années. Des paléontologues contestent à l’Homme de Florès le statut de nouvelle espèce : cette découverte est trop inattendue et ce fossile trop récent. Pour eux il serait plutôt une sorte de pygmée microcéphale ou un variant pathologique d’Homo sapiens (D’après les lois du développement biologique, la division de moitié de la taille d'un hominidé ne fait diminuer que de 15% la taille du cerveau : d’après sa taille Homo floresiensis devrait avoir un cerveau de 750 cm3).

Il est cependant fait remarquer que tous les individus qui ont été retrouvés sur le site présentent les mêmes caractères que le fossile principal : cela impliquerait que l'île de Florès "abritait un village entier d'idiots microcéphales..." (Il faut également savoir que les paléontologues de l’époque de la découverte des premiers fossiles d’Homme de Neandertal avaient fait preuve de la même incrédulité : plutôt qu’une nouvelle espèce on a longtemps cru qu’il était un variant pathologique de l’Homme moderne).

 

Une première étude du crane publiée en 2005 écarte les hypothèses selon lesquelles Homo floresiensis serait un pygmée ou souffrait de microcéphalie : Il était doté d’un cerveau évolué, et les chercheurs estiment que l'encéphale se rapproche plus de celui d'Homo erectus (un hominidé disparu il y a environ 300 000 ans) que d'un Homo sapiens.

 

2007 : cette année plusieurs études distinguent clairement l’Homme de Florès de l’Homme moderne :

- une autre reconstitution du cerveau montre qu’Homo floresiensis ne souffrait pas de microcéphalie mais avait un cerveau normal, et que l'espèce est bien spécifique.

- Une étude sur les os du poignet montre encore qu’il n’est pas un Homo sapiens, mais qu’il se rapproche beaucoup des grands singes actuels.

 

2008 : au cours de l’année une étude des photos d’un crane fait dire à des chercheurs que les Hommes de Florès étaient des sortes de « nains crétins » humains résultant de déficiences alimentaires, avec en particulier un manque d'iode durant la grossesse... Les paléontologues dénoncent le manque de sérieux de l’étude.

 

2009 : cette année plusieurs études confirment définitivement l’appartenance de l’Homme de Florès à une nouvelle espèce d’hominidés :

- En début d’année une nouvelle étude approfondie des crânes montre que ceux-ci ne sont pas microcéphales et sont plus proche de ceux des autres hominidés que de l’Homme moderne.

- une étude publiée en avril a déterminé quelles étaient les techniques de confection des outils façonnés par Homo floresiensis, et a montré avec surprise que les outils plus récents retrouvés dans l’île et attribués à Homo sapiens étaient façonnés avec des techniques strictement identiques : l’Homme de Florès aurait été un modèle pour l’Homme moderne.

- une étude, publiée au mois de mai, sur la structure du pied de l’Homme de Florès, confirme la bipédie et fait apparaître une morphologie totalement inédite, sans équivalent avec celle des autres hominidés récents, mais proche des grands singes ou d’Homo habilis (un hominidé disparu il y a environ 1,8 millions d’années), suivant les parties osseuses étudiées. Les chercheurs émettent l'hypothèse qu’Homo floresiensis ne dérivait pas d’Homo erectus, mais d’un hominidé plus primitif, soit d’un type d’Homo erectus très ancien, soit d’Homo habilis.

- Fin 2009, une dernière étude basée sur l’analyse statistique du squelette bien préservé d’une femme confirme que Homos floresiensis est bien une espèce distincte, et non un variant de Homo sapiens.

 

La découverte de l’homme de Florès constitue une révolution :

- Les trois dernières espèces du genre Homo qui ont peuplé la terre au même moment étaient Homo sapiens (l’Homme moderne), Homo neanderthalensis (l’Homme de Neandertal) et Homo floresiensis (l’Homme de Florès).

- Elle oblige à revoir complètement les dates et le scénario de la sortie d’Afrique de la lignée humaine.

- L’origine de l’Homme de Florès, probablement très éloignée dans le temps, laisse perplexe, et son embranchement sur l’arbre évolutif des hominidés reste énigmatique. Il n’a qu’une parenté très éloignée avec les néandertaliens et l’homme moderne.

- Comment l’Homme de Florès a-t-il disparu ? Peut-être décimé il y a 12000 ans par une éruption volcanique…

 

Conclusion, restons modestes

 

Alors, un cerveau complexe, pourquoi faire ?... Pendant des décennies le schéma d’évolution de la lignée humaine qui a été enseigné était celui d’une évolution graduelle et continue du singe vers l’homme moderne, à travers la succession d’espèces fossiles qui avaient été retrouvées, et qui se seraient succédées les unes après les autres au cours du temps.

On sait depuis la fin des années 80 que l’évolution de la lignée humaine est loin d’avoir été linéaire vers l’homme moderne, mais qu'elle est plutôt constituée d’un buisson touffu d’espèces différentes et défuntes, dont la plupart ont été des culs de sacs évolutifs. L’homme de Florès a probablement été l’avant-dernier représentant sur terre du genre Homo, et a quitté la scène pour laisser la place au seul qui subsiste encore, l’Homme moderne. La longue liste des représentants disparus des hominidés témoigne du fait que le développement de l’organe cognitif qui est leur caractéristique est loin de constituer une garantie de succès évolutif.

Foin de l’anthropocentrisme et de la téléologie, aujourd’hui plus que jamais la phrase du grand biologiste de l’évolution Stephen Jay Gould résonne comme une prophétie et remets les hominidés à leur juste place, pas très brillante : «  les véritables maitres de la terre ont toujours été, et seront toujours, les bactéries ».

Partager cet article

Repost 0

commentaires