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Un article sur les relations entre Rhipsalis teres et les fourmis

12 juillet 2009 7 12 /07 /juillet /2009 22:26

 

Il est amer et doux, pendant les nuits d'hiver,

D'écouter, près du feu qui palpite et qui fume,

Les souvenirs lointains lentement s'élever

Au bruit des carillons qui chantent dans la brume.

    Charles Baudelaire - Les fleurs du mal (1857)

 

 

Ce gros organe mou et grisâtre, dissimulé dans l’étroitesse de notre boite crânienne qui en épouse tous les contours, est bien autre chose qu’une fenêtre sur l’extérieur : il reconstruit le monde à l’intérieur de nous.


Notre cerveau a t-il besoin de nous ?...

 

Cette question peut paraître paradoxale, voire saugrenue : la conscience est toujours considérée comme « conscience de quelque chose » et imaginer un cerveau réfléchissant seul, en autarcie, déconnecté de la conscience de son « propriétaire », n'a pas vraiment de sens.


Pourtant les résultats surprenants des travaux de l'équipe du professeur Kalina Christoff, du Département de sciences neurologiques de l'Université de Colombie-Britannique à Vancouver, et publiés dans les Proceedings of the National Academy of Sciences américains, sont sans appel : quand on rêvasse, quand on laisse son esprit divaguer sans penser à rien de précis, notre cerveau s'occupe intensément, en parallèle, à résoudre des problèmes complexes auxquels nous ne pensons pas à ce moment là.


Dans les expériences qui ont été conduites, des personnes ont été placées dans des appareils d'imagerie fonctionnelle par résonance magnétique (IRMf) qui mesurent l'activité de différentes parties du cerveau. Ces personnes ont été amenées à faire des taches simples et répétitives, devenant rapidement automatique, ou bien elles rêvassaient spontanément. Comme on s'y attendait, le réseau cérébral par défaut - qui gère les actes de routine (marcher, faire un geste répétitif, etc) - est actif quand les sujets laissent leur esprit vagabonder.

 

De façon plus surprenante, le réseau cérébral exécutif - que l'on croyait en repos dans ces situations, et qui s'active pour la résolution de problèmes complexes (il est situé dans le Cortex préfrontal moyen et forme le lobe frontal du cerveau, situé en avant des régions pré-motrices, duquel dépendent les fonctions cognitives supérieures, comme le raisonnement, le langage et la mémoire)  - s'active très intensément quand les sujets sont en pleine rêverie. Pendant que les sujet rêvassent le cerveau se mets à réfléchir et enclenche des circuits de résolutions de problèmes qui permettent aux sujets de trouver des solutions à des problèmes complexes auxquels ils ne pensent pas. Le Pr K. Christoff indique : « Les personnes qui rêvent éveillées ne sont peut-être pas aussi concentrées lorsqu'elles exécutent une tâche, mais elles font appel à beaucoup plus de ressources de leur cerveau ».


Ces travaux démontrent que pour résoudre des problèmes complexes, rêvasser est parfois plus productif que de s'acharner inutilement. De la même manière que le sommeil permet de consolider des souvenirs, laisser son esprit se distraire sans but précis serait utile à la réflexion. L'image du « cerveau-ordinateur » se trouve renforcée par ces travaux, et la volonté consciente, ou bien la notion plus philosophique « d'âme », ne serait qu'un épiphénomène de l'activité cérébrale finalement pas si indispensable.

 

Voyager en musique

 

S'il faut rêver pour éclaircir les mystères du monde, alors rêvons en écoutant de la musique !


Entre un Beethoven complètement sourd mais capable de composer ce pensum de la musique romantique qu'est sa 9ème symphonie sans pouvoir en entendre une seule note, et à l'opposé Che Guevara qui possédait une audition tout à fait normale mais était atteint de dysmusie, incapable de percevoir une mélodie et de faire la différence entre une salsa et une rumba, la perception et le rôle de la musique restent un mystère.


Il a été montré que lorsque l'on se remémore une mélodie dans sa tête, le cerveau utilise les mêmes régions que pour entendre cette mélodie avec les oreilles : le cerveau n'a pas besoin d'ondes sonores pour reproduire les sons. Certaines personnes présentent une synesthésie musicale : la musique est associée à l'activation d'autres sens totalement différents; ce fut le cas par exemple du compositeur et musicien Franz Liszt, qui voyait des couleurs en entendant de la musique. La synesthésie résulterait d'une perméabilité entre régions cérébrales voisines, qui traitent normalement des sensations distinctes (couleurs, formes, gouts, odeurs ou sons, etc), mais qui s'activent les unes les autres au moment de la perception d'un stimulus sensoriel. Dans tous les cas la musique active les centres cérébraux du plaisir et de la récompense (circuits à dopamine), ce qui souligne son importance biologique mais, à la différence de ce qui se passe avec la nourriture ou le sexe, cette activation répondrait aussi à des paramètres culturels.


La découverte de flûtes façonnées par l'homme de Neandertal, notre lointain cousin, montre que la musique est aussi vieille que les Hommes. Suivant les chercheurs, les idées sur le rôle de la musique varient : la faculté spontanée de décoder la musique et le fait que des aires cérébrales spécifiques lui sont dédiées - différentes de celles du langage - laissent croire qu'elle répondrait à un besoin physiologique. Son universalité dans toutes les sociétés fait penser qu'elle assurerait une fonction de cohésion sociale, et écouter de la musique seul nous aiderait à nous sentir partie intégrante du monde...


*****

Le voyage d'hiver (si vous aimez Brahms...)


Le jour tombe, vous êtes confortablement installé sur le canapé. Dans l'appartement enténébré les bruits de la rue s'estompent et ne parviennent plus qu'étouffés. Sur la platine de la chaine hi-fi le CD-Rom de la Rhapsodie pour contralto, chœur d'hommes et orchestre, de Johannes Brahms vient d'être posé.

Brahms composa cette œuvre en 1869 - la seule de cette année là - à partir de 3 strophes du poème « Le voyage d'hiver dans le massif du Harz » de Goethe, et les strophes mises en musique décrivent l'errance d'un jeune homme dans un paysage hivernal et désolé.

Il s'agit de l'enregistrement du 18 décembre 1947 du London Philarmonic Orchestra & Choir, qui accompagne le contralto britannique Kathleen Ferrier. L'œuvre de Brahms est sans doute une de ses plus émouvantes, et Kathleen Ferrier, trop tôt disparue en 1953, est - chose rare - un vrai contralto, qui trouve ici tout son emploi, et non un mezzo rabaissé comme on en entend si souvent.


L'introduction orchestrale en ut mineur s'immisce dans la pièce presque discrètement, telle le générique d'un drame en noir et blanc des années 50. L'entrelacement étouffé des cordes, des bois et des cuivres, grave et austère, presque dissonant, plante le décor d'un paysage hivernal et semble résonner dans les ténèbres d'une forêt désolée comme dans une toile de Friedrich. Puis, après quelques secondes de silence, la voix de  Kathleen Ferrier émerge lentement des profondeurs de cette ambiance austère, tout aussi grave et profonde. L'étirement du chant, presque un lamento, est soutenu par des accords de cordes sombres et lointains, comme un vent dans les branches, qui portent sa voix à travers des contrées glacées. Entre échos de clairières et désolations nocturnes son timbre empreint de suavité distille une tristesse prenante.


Dans la deuxième partie de l'œuvre les cors résonnent dans des plaines froides et au fond de gorges profondes, et la voix de la soliste chemine dans les brumes d'un paysage désertique. Le chant s'étire en entrelacs qui passent abruptement du grave à l'aigu sans jamais perdre le fil d'une mélodie pleine des syncopes propres aux œuvres de Brahms. La langue rauque trouve sa pleine puissance avec le timbre de contralto, à nul autre pareil, de la cantatrice britannique. Le chant est à la fois longue plainte et berceuse, douloureux et consolateur, et semble flotter dans le froid de l'hiver au dessus de rochers pétrifiés.

 

La troisième partie de l'œuvre quitte la tonalité de l'ut mineur pour passer en ut majeur et se laisse gagner par des accents montants. Guidée par une mesure à quatre temps, la soliste est progressivement soutenue par le chœur des voix d'hommes, dont on perçoit d'abord la sourdine lointaine, qui enfle et s'amplifie.

La dernière strophe du poème quitte l'obscurité et emporte les voix au dessus de la désolation hivernale en direction d'une clarté nouvelle. Ténors et basses ont été divisés en deux groupes pour créer la partition à quatre voix, et soutiennent le chant du contralto qui prend des accents plus aigus et monte lentement vers la lumière. Entre canons et contrepoints légers, interruptions orchestrales par les mouvements des cordes ou des bois, les choristes cheminent avec la soliste dans un ensemble cohérent dans lequel on entend par moment se dissocier les deux pupitres.

Quand la voix de kathleen Ferrier s'extirpe de la forêt de ténèbres pour atteindre des notes plus hautes, poussée par le souffle des voix d'hommes qui semble la porter, alors  - à cet instant - l'Univers n'a plus aucun secret pour vous.

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