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18 janvier 2009 7 18 /01 /janvier /2009 14:22

L’être humain est décidément un animal social, et les enjeux de la cohésion du groupe passent souvent par des mécanismes insoupçonnés… Voici quelques exemples et découvertes récentes qui les illustrent.


Incivilités en chaînes

 
A partir de la fin des années 80, les Etats-Unis, confrontés à une ascension continue de la criminalité depuis des décennies ont mis en place une répression policière particulière basée sur la théorie du carreau cassé.

 
Qu'est-ce que la théorie du carreau cassé ?

 
La théorie du carreau cassé (ou théorie de la  vitre brisée) postule que les crimes et incivilités s'auto-entretiennent dans une population par un effet de mimétisme. Elle affirme que le moindre désordre ou la plus petite incivilité en provoque d'autres par une sorte d'effet boule de neige : un délit ou un désordre (une vitre cassée, des graffitis, une incivilité, etc) augmente les tendances des personnes qui les constatent à enfreindre à leur tour les normes et règles sociales. Un carreau cassé entrainera d'autres carreaux cassés s'il n'est pas vite réparé. Il faut donc, dés leur apparition, gommer de l'environnement les premiers signes de désordre et sanctionner les plus petites infractions, sous peine de les voir se diffuser et s'amplifier dans une population au cours du temps.

 
Les résultats de la politique de tolérance zéro vis-à-vis des plus petits délits mise en place dans les grandes villes des Etats-Unis ont été spectaculaires, avec une forte baisse de la délinquance. Pourtant, cette théorie du carreau cassé n'avait jamais été prouvée. C'est maintenant chose faite.

 
L'équipe de K. Keiser, de l'Université de Groningen en Hollande, a réalisé une série de 6 expériences en pleine rue impliquant de nombreuses personnes, principalement pour savoir si l'observation de comportements inappropriés pousse les gens à oublier leurs considérations sur les normes sociales en faveur d'autres considérations telles que l'auto-gratification. Les résultats ont été éloquents, et parmi eux on peut citer :

  • - Devant un parking à vélo, et en absence de poubelle, ils ont couvert - ou non - les murs de graffitis et ont placé sur les vélos un prospectus publicitaire. En présence de graffitis 69% des propriétaires de vélos ont jeté le papier à terre en récupérant leur vélo, alors qu'ils n'étaient plus que 33% à le jeter à terre en absence de graffiti.
     
  • - Deux panneaux ont été placés devant une entrée de parking, l'un interdisant d'attacher des vélos à une clôture et l'autre demandant d'effectuer un détour de 200 m pour pénétrer dans le parking. Quand 4 vélos sont clairement attachés à la clôture (scénario désordre), 82% des personnes testées outrepassent l'interdiction de pénétrer directement dans le parking et rentrent sans faire de détour. Mais quand les 4 vélos sont placés à distance de la clôture (scénario ordre), ils ne sont plus que 27% à outrepasser l'interdiction d'entrer dans le parking sans faire le détour.
     
  • - Ils ont également voulut tester si des incivilités peuvent pousser au vol, et là encore les résultats ont été édifiants. Dans une expérimentation, une enveloppe contenant 5 euros bien visibles est à moitié glissée dans la fente d'une boite aux lettres. Est-ce que les gens vont voler l'enveloppe ou la glisser complètement dans la boite du destinataire? Si la boite aux lettres et le sol sont propres, seulement 13% des personnes testées volent l'argent, mais si la boite aux lettres est couverte de graffitis ou le sol jonché de détritus le nombre de voleurs double et passe à 27%.

La théorie du carreau cassé est un principe de cohésion sociale : les individus d'une population connaissent le niveau d'infraction aux règles « qu'ils  peuvent se permettre » en analysant inconsciemment les paramètres de leur environnement, et adaptent ensuite leur comportement pour être en phase avec le comportement de la population.

 
Cette théorie sur les effets de groupe me rappelle les dernières découvertes faites sur... le bâillement.

 
La réplication des bâillements

 
Les bâillements sont modulés par l'horloge biologique et accompagnent beaucoup des transitions comportementales. Il a pendant longtemps été supposé que le bâillement est un moyen réflexe qu'à l'organisme pour oxygéner le sang au moment ou il entre dans un état de somnolence, ceci pour revenir à un état de vigilance plus élévé. Pourtant des mesures ont montré que l'aspiration d'air au moment du bâillement ne modifie pas la composition des gaz du sang, et cette théorie physiologique de l'éveil par l'oxygénation est maintenant abandonnée.

 
A part le mouvement respiratoire, l'autre constante dans le bâillement est le mimétisme qu'il engendre (échokinésie). L'adage dit « qu'un bon bailleur en fait bailler sept » et, en effet, bailler après avoir observé quelqu'un bailler est un phénomène universel : des expérimentations ont montré que tous les humains de la planète réagissent à un bâillement (40% à 60%), et ceci même face à un film ou une image qui montre quelqu'un bailler. Mais il est nécessaire pour cela de voir la totalité du visage : la seule vision de la bouche ne suffit pas à déclencher un bâillement. La contagion des bâillements implique une reconnaissance des émotions, qui fait appel à des circuits neuronaux très complexes, ce qui explique que la réplication n'existe que chez les hominidés supérieurs et n'apparaît chez les enfants qu'après l'âge de 4 ou 5 ans. Stephen Platek, de l'Université de Philadelphie, a montré que les individus sont d'autant plus sensibles à la réplication du bâillement qu'ils sont capables d'empathie envers les autres.
La communion dans le bâillement serait un reflexe presque aussi naturel que tendre la jambe après le coup de marteau du médecin sous la rotule.

 
A l'heure actuelle, la principale théorie pour expliquer la réplication du bâillement dit qu'elle a un rôle dans la cohésion d'un groupe : La réplication du bâillement s'apparente au décryptage automatique et non conscient d'un état de vigilance chez autrui, permettant une synchronisation des états de vigilance entre individus.
Bailler provoque effectivement un petit coup de fouet, mais neurologique et non métabolique, et les bâillements en chaînes entre personnes qui se côtoient permettraient à chacun de se mettre dans le même état de vigilance que les autres membres du groupe. Cette capacité participerait d'une forme d'empathie instinctive involontaire et repose sur une communication non verbale, façonnée au cours de l'évolution des hominidés supérieurs. La réplication des bâillements aurait été sélectionnée au cours de l'évolution car elle confère un avantage sélectif en permettant une synchronisation efficace des niveaux de vigilance entre les membres d'un groupe et leur permet de rester en phase.

 
Synchronisation des fertilités

 
Je termine par un fait bien connu, et plus « organique », de découverte assez ancienne maintenant, mais qui est en droite ligne avec les faits ci-dessus qui décrivent des mécanismes de groupes.

 
Des femmes qui se côtoient quotidiennement - qui vivent ensemble ou travaillent dans un même bureau, par exemple - et qui ont au départ des cycles menstruels décalés, ou de durées différentes, raccourcissent ou rallongent progressivement leurs cycles menstruels en le calant sur celui de leurs voisines. Elles finissent par toutes avoir des périodes de fertilité qui surviennent au même moment. Cette synchronisation serait due à l'émission de phéromones volatiles par les glandes axillaires des femmes, qui influent sur les cycles menstruels des autres membres du groupe.

Pourquoi l'évolution a-t-elle sélectionné ainsi un mécanisme pour synchroniser la fertilité des femmes en groupe ? Mystère...

 
Il y a pléthore d’exemples de ce type, et de nouvelles découvertes du type de celles décrites ci-dessus sont faites chaque semaine.

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commentaires

Dek 01/04/2014 15:15

Cette théorie avait déjà été justifiée par un un psychologue de Stanford, Philip Zimbardo, en 1969.

"Afin de tester la « broken-window theory ». Dans une rue du Bronx et dans une rue de Palo Alto (quartier résidentiel chic en Californie), Zimbardo disposa une voiture sans plaque d’immatriculation, capot relevé. Dans le Bronx, le véhicule fut pris d’assaut par des « vandales » au bout de 10 minutes ; une famille (le père, la mère, leur jeune fils) vinrent les premiers prendre le radiateur et la batterie ; en 24 heures, toutes les pièces de valeur avaient disparu ; s’ensuivit une destruction généralisée (vitres cassées, sièges et moquettes arrachés) avant que la carcasse ne devienne le terrain de jeu des enfants. Les adultes impliqués avaient des tenues correctes et étaient blancs. La voiture abandonnée à Palo Alto demeura intacte pendant plus d’une semaine. Puis, Zimbardo lui asséna un coup de masse. Rapidement, des passants (toujours de respectables blancs…) le rejoignirent et, après quelques heures, la voiture fut complètement détruite..."

Source intéressante : http://patrickmorvan.over-blog.com/article-la-theorie-de-la-fenetre-brisee-broken-window-theory-64718475.html

Minéraline 27/01/2009 09:10

Hello,En effet, pour le carreau cassé, je trouve que la solution d'éliminer toute incivilité à la source est une bonne méthode. N'intervenons-nous pas ainsi avec nos plantes pour éviter de se retrouver avec une friche entre les cactus ?Par contre, tout dépend peut-être aussi du contexte et de la mise en oeuvre : si la population à risque ressent une volonté de répression à son encontre, cette population ne risque-t'elle pas au contraire d'exacerber son comportement incivil ?En tous cas, je te remercie d'avoir apporté cet article à ma réflexion. Je te souhaite une bonne journée, et à plus tard sur le CF.Minéraline

Fabrice 28/01/2009 22:58


Bonsoir Line, et merci pour ton commentaire.
En fait c'est l'inverse, la théorie du carreau cassé postule que la délinquance ne vient pas tellement d'une population à risque mais d'un "niveau ambiant" d'incivilité ou de criminalité qui
peut pousser par contagion certaines personnes vers la délinquance, alors que dans un autre contexte ces mêmes personnes ne le feraient pas.